#Roman
Peut-on juger … des oiseaux ? Un roman-conte à la fois mélancolique et facétieux.

Jean-Yves Jouannais
Une forêt
1947. L’Europe fume encore de ses cendres. Le capitaine américain Jacob Michael Lenz, avocat et ornithologue, est envoyé à Brême pour participer à la dénazification de l’Allemagne. Sa mission, d’abord floue, devient bientôt indescriptible. Il se retrouve « juge » au sein d’une commission dont l’absurdité confine au burlesque — un théâtre administratif digne d’un songe kafkaïen.
L’affaire paraît dérisoire, et pourtant… Des mainates, ces oiseaux capables d’imiter les mélodies humaines, se mettent à siffler, après la guerre, l’hymne nazi — le Horst-Wessel-Lied. Un véritable casse-tête pour la commission locale. Que faire de ces chanteurs involontaires de l’horreur ? Comment juger des oiseaux ? Comment condamner un écho ?
À partir de cette idée prodigieuse, Jean-Yves Jouannais compose bien plus qu’un roman : une sorte de conte philosophique, délicatement romantique où l’absurde devient révélateur. Il y est question de mémoire, de culpabilité, de la contagion des mots et des chants. Sous la fantaisie affleure une méditation subtile sur la guerre et sur le désarroi de l’après.
On marche aux côtés du capitaine Lenz dans les paysages en ruines, parmi les décombres et les silences...
De ces déambulations naît une douceur mélancolique. Certaines pages sont d’une beauté sidérante.
La langue est précise et d’une élégance folle. Chaque mot semble choisi avec un soin extrême. Les phrases, finement ciselées, ont une musicalité qu’on savoure ; on a presque envie de les garder en bouche avant de passer aux suivantes.
J’ai lu ce court roman avec un émerveillement constant, tant l’auteur manie les mots avec grâce. On pourrait le lire plusieurs fois : une première pour sa musique, les suivantes pour en explorer toute la profondeur.
Dans le silence des ruines et le chant obstiné des oiseaux, la malice délicate de Jean-Yves Jouannais transforme l’absurde en une inoubliable flânerie littéraire.
Un texte absolument fabuleux.
[Annette]