#Roman
Très joli roman lumineux, sensible et sensoriel en forme de plaidoyer pour l'émerveillement devant ce qu'il nous reste de nature...

Eve GABRIELLE
Un Jardin après l'orage
Immersion potagère dans une cité des bords de Garonne!!! Une très jolie découverte que ce premier lu des éditions nantaises de La Mer Salée! C'est un roman à ranger dans la catégorie des romans qui font un bien fou, qui vous réchauffent le coeur, vous donnent envie d'aimer la vie, de vous arrêter, de prendre le temps de vous émerveiller à nouveau devant la beauté de la nature, de la remercier mille fois pour sa générosité, sa patience...
C’est Totor (Victor) qui raconte l’histoire. Il vit donc dans une cité des bords de Garonne avec sa mère, Béatrice Sarochar, veuve d’Ozan décédé des suites d’une maladie sans doute neuro-dégénérative. Victor avait 11 ans. Aujourd’hui il est lycéen. Il cache une acnée difficile sous une épaisse barrière de cheveux, aime les jeux video et se réfugie le plus possible dans cet univers qui le rassure parce qu’il le maîtrise. Il ne partage pas l’enthousiasme de sa mère qui vient d’apprendre qu’une parcelle lui était accordée pour y faire un jardin. Eux qui vivent très chichement font leurs courses dans une épicerie solidaire dans laquelle Victor est systématiquement assailli par la crainte d’y croiser des lycéens qui le reconnaîtraient et qu’il imagine se moquer de leur pauvreté.
Il accepte toutefois d’accompagner sa mère à la découverte du jardin et tout un monde va s'ouvrir à lui... l'autrice y dépeint avec beaucoup de finesse toute une galerie de personnages colorés, parfois menaçants, mais qui tous, ont une histoire à raconter, et à voir, avec cet espace unique qu'est le jardin potager.
En parallèle de cette apprentissage de la vie au contact du monde réel, physique qui permet à Totor de s'éloigner du monde virtuel, fantasmé, on suit les pérégrinations d'une jeune renarde et de sa portée de renardeaux dont le territoire englobe ces fameux jardins ouvriers. Cette jeune vulpine connaît l'abri de jardin où Totor va faire une rencontre fondamentale. Elle se méfie des humains qu'elle sait être cruels, mais elle sent que ce jeune humain est différent.
Les deux récits alternent jusqu'à fusionner. Victor a entraperçu l’éclat fauve de la jeune renarde. Il la guette. Sur les conseils d’un voisin, il passe de plus en plus de temps immobile, et guette depuis la cabane le passage de la femelle. Il finit par rêver qu’il est une renarde. Il ressent le monde différemment. Le lecteur ne sait plus s’il s’agit de rêve ou de réalité. Victor devient animal, ressent les vibrations du monde à travers les coussinets de ses pattes, lèche les gouttes de rosée, observe les mouvements des herbes folles, se déplace sans bruit… C'est très beau, très poétique, très réussi.
C’est un roman frais, lumineux qui parle de notre planète qui va mal parce que l’humain s’y comporte en véritable gougeat. Les discours tenus par les artisans du potager sont évidemment très alarmistes mais la sinistrose est vaincue par l’enthousiasme qui règne dans cet univers où prévalent l’entraide, la bienveillance, l’absence de jugement. Aucun des personnages présentés n’a la vie facile. Pas de manichéisme ici.
Ce qui réchauffe le cœur, c’est la diversité et la biodiversité par-dessus tout. Il faut de tout pour faire un monde et le monde présenté ici est fait de diversité culturelle, de mélanges intergénérationnels, ethniques.
C’est l’histoire d’un ado qui s’ouvre à la vie, à la vraie vie, celle qui est dans la nature, au contact des êtres vivants : lombrics, limaces, lapins, renards…
On y vibre d'émotions du début à la fin, et ça fait un bien fou!!!
[Laure]