Nos coups de c½ur

#Roman

Un texte tout à la fois charmant et piquant sur la famille, l'usure domestique et la résignation.

Rêve d'une pomme acide

Justine ARNAL

Rêve d'une pomme acide

Ed. Quidam - août 2025
Prix : 20.00 ¤
9782374914275

Il y a là un très joli titre: Rêve d'une pomme acide. C'est une expression qui renvoie à la terre même où elle est née: l'Alsace.

Une chouette maison d'édition - Quidam - qui a à coeur de proposer des textes singuliers (Ca fait longtemps qu'on s'est jamais connu, Ultramarins, Kramp, Sur les roses, Trencadis, Murmur, Ordure... autant de coups de coeur de La Petite Librairie!).

Une autrice, Justine Arnal, qui fricote avec la psychanalyse et dissèque ici, de sa plume très travaillée, poétique, ironique et mordante, de l'intérieur une famille qui implose. C'est un genre d'anatomie d'une disparition, d'une chute. Un roman sur les générations de femmes qui pleurent, celles des hommes qui comptent, sur les choses qu'on dit et celles qu'on tait.

L'autrice s'amuse dans la narration à nous promener de l'intérieur à l'extérieur en jouant sur les points de vue. On est dedans-dehors et l'on sent bien que l'autrice se régale de cette opération à coeur ouvert. Le lecteur plonge avec elle, regardant par dessus son épaule ce ventre familial disséqué. Qu'y voit-on? Les deux branches d'une famille, alsacienne et lorraine, une mère malheureuse, ternie, endormie par une vie morne, limitée, résignée et silencieuse. Un père pas vraiment épanoui qui compte à longueur de temps, faisant preuve d’une grande pingrerie. Un couple qui a rêvé de grandeur, une femme qui a baissé les bras et un homme qui gratte tout ce qu’il peut, se réjouissant par exemple de récupérer en seconde main les biens de ses frères et sœurs plus fortunés, pour faire comme si.

Ils ont trois filles, jamais nommées autrement que l’aînée, la cadette et la benjamine. L’étudiante, la lycéenne et l’écolière.

Il y a le drame. Le jour où. Le jour depuis lequel...

Le travail sur le style est remarquable. La langue de Justine Arnal a une saveur toute particulière car elle a fait le choix de laisser certains échanges en dialecte alsacien. C'est aussi une manière de respiration dans cette ambiance plombée, c'est un peu de légèreté dans beaucoup de gravité. On constate ainsi qu’on parle plusieurs langues dans cette famille mais qu’il n’y a pas vraiment de langage commun pour se comprendre. On fait famille, mais on n’est pas vraiment une famille.

Avec beaucoup de réalisme et une grande finesse Justine Arnal peint ce microcosme social, sa mécanique implacable qui aboutit à une tragédie et qui met fin à l'enfance. Un livre sur la vérité qui ne se dit pas, sur la domestication du chagrin, sur l’enfouissement de la colère.

C'est un texte singulier, original, très bien écrit qui mérite d'être découvert! [Laure]