Nos coups de c½ur

#Documents, témoignages

Un ouvrage nécessaire, bouleversant et lumineux qui rend hommage à la culture et la sagesse des natifs américains.

Ni Loup ni chien

Kent NERBURN

Ni Loup ni chien

Ed. Du Sonneur - mai 2023
Prix : 24.50 ¤
9782373852776

Merci Caryl Ferey pour cette recommandation!

A la toute fin de Lakotas, son nouveau roman à paraître en août prochain, Caryl estime que l’auteur qui a écrit les textes les plus forts sur les natifs américains est sans conteste Kent Nerburn. Il évoque ses écrits avec beaucoup d’émotions, expliquant que l’on passe du rire aux larmes dans sa trilogie Ni loup ni chien, La Fille qui chantait à l’oreille des bisons, et Le Loup au crépuscule, traduite par Charles Pommel et publiée aux éditions du Sonneur. Je suis vraiment complètement d’accord. C’est une vraie découverte, une lecture incroyable pour qui s’intéresse un peu à l’histoire des peuples autochtones d’Amérique du nord, et, à l’heure où Trump célèbre en grande pompe les 250 ans de la nation américaine, plus que nécessaire !

La couverture est très belle et les illustrations d’Edmond Baudoin collent parfaitement à ce qui nous est raconté, qui n’est pas une fiction mais bien la transposition des pensées d’un vieil « Indien » de 80 ans qui ressent l’urgence de mettre en forme, dans un livre, ses pensées couchées tout au long de sa vie sur des papiers épars rassemblés dans une boîte à chaussure. C’est d’ailleurs sur cette demande que s’ouvre le livre :

« Je décrochai le téléphone à la seconde sonnerie. […]

-        Vous êtes Nerburn ?

C’était une femme. Je reconnus le ton saccadé d’un accent indien.

-        Oui, répondis-je.

-        Vous ne me connaissez pas, continua-t-elle ; sans même donner son nom. Mon grand-père veut vous parler. Il connaît vos livres sur la « route rouge ». »

Kent Nerburn, quelques années en arrière avait travaillé avec des étudiants sur la réserve ojibwe Red Lake en recueillant les mémoires de leurs parents et grands-parents.

Ni loup ni chien est donc à la fois la réponse à cette demande du vieux Dan qui sent sa fin proche et souhaite dire tout ce qu’il a sur le cœur et également une tentative de réconciliation douloureuse entre l'homme blanc et l'indigène. Le positionnement de Kent Nerburn tout au long de ce road-trip est d’une justesse impressionnante. Il a l’intelligence du cœur et, tout en tâtonnant, en hésitant face à Dan et son acolyte Grover, ou aux membres de la famille de Dan, Nerburn (c’est comme ça qu’il est désigné par les Lakotas) comprend. Il comprend l’histoire qui lui est présentée, il reçoit en son cœur la violence, la colère, la souffrance, l’immense chagrin du vieux Dan et accueille aussi avec plaisir les taquineries, les moqueries, les plaisanteries dont il est l’objet, lui, le washiku.

A l’instar de Nerburn, le cœur du lecteur est empli de honte et de contrition. C’est une lecture qui bouleverse, qui vous remue les tripes. Mais Ni Loup ni chien est aussi un roman de sagesse. On ne peut qu’admirer cette manière si particulière d’être au monde, cette conscience aiguë du vivant, ce sens aiguisé de l’honneur et du respect. Respect de la terre, de ceux qui l’habitent, humains, animaux, esprits.

Les paysages décrits sont grandioses, depuis le Dakota jusqu’aux Black Hills, en passant par le site terrible de Wounded Knee, moment suspendu dans le récit ; la plongée dans l'Histoire des luttes indiennes vertigineuse. Les émotions qui vous traversent tout au long du récit dont on a l'impression qu'il se déroule sous nos yeux sont d’une rare intensité. L’écriture est d’une précision remarquable. La traduction brillante.

Ni Loup ni chien est un grand texte, une lecture à savourer, captivante et bouleversante. C'est un texte qui force le respect.