Nos coups de c½ur

#Roman

Un texte fort pour dire avec beaucoup de douceur la violence et la folie des hommes...

Le Prieur de Béthléem

Yasmina KHADRA

Le Prieur de Béthléem

Ed. Flammarion - mars 2026
Prix : 21.00 ¤
9782080149671

Ce nouveau roman de Yasmina Khadra est un texte puissant et lumineux qui dit avec beaucoup de douceur et d'humour la violence du monde, la folie des hommes, la souffrance des peuples qui persistera tant que la vengeance sévira. Oui, de la douceur, de la poésie et de l'humour. Un savant dosage de ces trois éléments dans un récit constitué d'entrelacs narratifs: le roman s'ouvre sur un texte en italique qui dit, sur un ton biblique, la naissance de la Palestine. Il s'agit d'un manuscrit déposé sur le bureau parisien d'Alexandre Yakovlevoï, directeur de la maison d'édition La Seine. Ce texte intitulé "Les Enfants d'ammu Saber", rédigé par un certain W. Omr, l'éditeur n'en a lu que les premières lignes et l'a rangé dans la catégorie "saloperie". Ce geste va être lourd de conséquences...

Puis le récit est interrompu par une alternance de chapitres renvoyant à notre époque, tantôt en Jordanie où d'étranges phénomènes se produisent, tantôt à Paris où un détective enquête sur la disparition d'Alexandre Yakovlevoï...

La tension de l'ouvrage tient dans la découverte progressive de l'histoire des Enfants d'ammu Saber. Une histoire particulière qui croise la grande Histoire, celle, honteuse du conflit israélo-palestinien. "La France n'est plus ce qu'elle a été, et la démocratie, dont elle se targuait, n'est plus qu'une vieille histoire dont a perdu le fil." "Tout ce qui touche à Israël est tabou. Le seul nom de la Palestine effarouche et déstabilise. On a livré en pâture des gens dont le seul crime a été de déplorer ce qui se passe à Gaza pendant que d'autres se filment en train d'exiger que l'on tue tous les enfants palestiniens, sans être inquiétés par la justice." C'est bien l'histoire de tous les enfants victimes de la guerre, de la folie des adultes dont il est question dans ce roman poignant, juste et sincère.

Le prieur de Béthléem est ce "moine en perdition, contrit jusqu'à la moelle, qui ne trouve plus de pouls à sa foi ni de sens à sa douleur". Il accomplit son destin, lui qui est né en enfer: il doit révéler la vérité à l'Occident, lui ouvrir les yeux. Il pleure l'innocence, la beauté du monde qu'on piétine, il dit la douleur, l'incompréhension, le deuil impossible. Et l'on pleure avec lui.

Certains passages sont d'une poésie incroyable qui touche au coeur, d'autres ont la force des grands récits qui vous emportent et vous bouleversent, d'autres encore vous surprennent de drôlerie. Tout cela est extrêmement bien dosé, savamment orchestré. Comme L'homme qui lisait des livres de Rachid Benzine, Le Prieur de Béthléem est remarquable. 

Bravo Yasmina Khadra. Merci.

[Laure]