#Roman
Il y a 40 000 ans, deux humanités se sont croisées et l’une d’elles a disparu.

Eloi Audoin-Rouzeau
Le dernier clan
C’est l’histoire d’une rencontre.
Il y a 40 000 ans, Néandertal croise Homo sapiens. On croit en connaître l’issue. Mais ici, ce n’est pas une victoire que l’on raconte — c’est une perte.
À travers les yeux de Yaretzi, guetteur du clan des Mers (Néandertal), le monde respire autrement. La pierre a une mémoire. Le vent porte les voix des ancêtres. Les animaux ne sont pas des proies, mais des présences, presque des frères. Chaque geste s’inscrit dans un équilibre fragile, dans une gratitude silencieuse.
On ne vit pas sur la terre, mais avec elle. Il y a une forme de lenteur, d’attention, presque de respect sacré pour le vivant.
Et petit à petit, on sent que ce monde-là vacille, l’inquiétude grandit. Des signes apparaissent. Des traces. Une présence étrangère.
Le roman pourrait se lire comme un polar préhistorique : on observe, on guette, on pressent. On sait qu’une rencontre aura lieu — et qu’elle changera tout.
Cette attente crée une véritable tension, presque une angoisse diffuse.
Et c’est justement dans cette tension, dans cette attente presque inquiète, que le roman révèle toute sa portée.
Le dernier clan met en lumière, avec une infinie délicatesse, ce que nous avons peut-être laissé disparaître avec Néandertal. Une attention au vivant qui ne sépare pas, ne domine pas, mais relie. Une humanité lente, profonde, habitée par une quête de sens.
Face à elle, Sapiens avance, conquiert, découpe, impose. Le texte laisse entrevoir une bascule — celle dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Le style est doux, traversé de silences, de beauté nue, de mystère.
Et peu à peu, une évidence troublante s’impose : en disparaissant, Néandertal a peut-être emporté avec lui une part précieuse de ce que nous étions.
Un texte marquant et troublant.
[Annette]