#Roman
Un roman magnétique, qui donne à voir du côté sauvage !

Sylvain Prudhomme
De l'autre côté du lac
Paola est photographe. Aux abords d'un lac de haute montagne, à la lisière d'une réserve interdite aux humains, elle aperçoit ce que personne ne voit. Puis un corps est retrouvé. Quelques mois plus tard, Paola disparaît à son tour. Commence alors, pour le narrateur, la recherche d'une femme qu'il connaît à peine, et, surtout, la poursuite de ce qui l'a appelée là-haut.
De l'autre côté du lac est peut-être moins un roman sur une disparition qu'un roman sur le regard. Paola photographie pour saisir ce qui se dérobe. Son appareil est une manière d'apprendre à voir (tout comme des photographies scandent et structurent le récit), tandis que le narrateur tente de reconstituer ses traces et que le lecteur, peu à peu, se met aussi à regarder à travers ses yeux.
Et puis il y a la montagne. Une nature souveraine, décrite avec une précision magnifique, une douceur parfois âpre. Prudhomme y installe une tension sourde : quelque chose observe, quelque chose échappe, quelque chose appelle. "Il y a une règle en montagne. Un règle dans la vie en général. Si vous repérez quelqu'un, même de très loin, alors vous pouvez être à peu près sûr que lui aussi vous a vu." Toute la beauté inquiétante du livre est là : dans ce renversement du regard, lorsque celui ou celle qui croit observer devient l'objet de l'observation.
Thriller sans en être tout à fait un, roman sur l'appel du sauvage, méditation sur le vivant, De l'autre côté du lac raconte peut-être surtout le désir de disparaître autrement : s'effacer dans un paysage, renoncer à la maîtrise, accepter enfin une nature qui ne nous appartient pas.
Un roman magnétique, sublime et troublant !
[Florian]