Nos coups de c½ur

#Roman

Un subtil cocktail d'humour, de finesse, de douceur et de fantaisie!!!

Choses que je croyais perdues

Clémentine MELOIS

Choses que je croyais perdues

Ed. Gallimard - août 2026
Prix : 19.00 ¤
9782073162854

Comme c’est joli ! Quelle jolie plume, quelle fantaisie ! C’est doux, c'est drôle et très bien écrit.

Après Alors c'est bien! qui racontait avec humour et délicatesse le deuil, Clémentine Mélois traite ici de la séparation. La narratrice déménage, change de vie, trie, fait des cartons et ce déménagement est l’occasion d’évoquer les sept années passées avec Tristan, de leur rencontre à leur rupture.

C’est très joli, très tendre, très drôle, ça sonne tellement juste qu’on pense l’histoire vraie. Comme sa voisine de palier a voulu se rendre utile, elle a apporté à Emilie une pile de journaux pour emballer les choses fragiles. Emilie y a vu un signe, a découpé dans ces journaux les photos les plus intéressantes, celles qui traitaient d’affaires sans intérêt ou plutôt, celles dont la légende ne permettait pas de saisir l’enjeu. C’est une nouvelle collection qui commence… attention ! la narratrice doit veiller à ne pas retomber dans ses travers.

En effet, elle a une relation très particulière aux objets. Et une imagination débordante. 

La langue est une fois encore tout à fait savoureuse! Une pincée de Gainsbourg, un soupçon d'Etienne Daho, quelques gouttes de Bashung... et le lecteur se délecte de cette recette réconfortante, simple, sans prétention mais pleine de malice. On meurt d'envie d'accueillir Emilie, de la prendre dans nos bras pour la réconforter quand elle arbore depuis plusieurs jours son "pyjama mental".

C’est l’histoire d’une fille chouette, simple, qui est tombée amoureuse d’un beau gars pas sympa. Aveuglée par son amour pour lui elle n’a pas su voir à quel point il était égoïste, peu attentionné, pingre et malveillant. Le film de cette vie déroulée par petits bouts est très cinématographique. On se régale de détails comme son essayage d'un « ensemble tailleur-pantalon dégueulasse en bouclette couleur poil de chameau » la veille de sa première rencontre avec ses beaux-parents.

Emilie anime des ateliers de gravure pour adultes quelque part dans le sud. Elle a quitté son Est natal pour s’installer là où il y avait du soleil. Elle a bossé plusieurs années dans la restauration, dans un bar, où elle a appris la vie, appris à discuter de la pluie et du beau temps en essuyant des verres. Tristan, lui, est avare de mots. Elle évoque pour l’illustrer une balade sur la Côte Vermeille où Tristan n’a pas décroché un mot. Elle lui dit : « c’est joli ici, ça te plairait si tu étais là »...

Elle s’en veut de ne pas avoir été capable de voir que ça n’allait pas. Mais en même temps, elle ne regrette pas. Elle a passé de belles années, elle est prête à tourner la page. Un changement s’opère au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. Et c’est en partie grâce aux objets, aux choses qu'elle croyait perdues...

On achève la lecture le sourire aux lèvres, la larme au coin de l’œil parce que c’est juste, c’est beau et touchant. Une fois de plus, l’autrice réussit avec brio à nous parler de la vie, des choses douloureuses, des choses drôles, de ce qui fait l’essence de la vie: « De l’enfance à la mort, l’a vie n’est faite que de ruptures successives ».

 Bravo Clémentine.

[Laure]